Texte de Petite Ourse (ici) ; Gribouille de Klem (par là =>)
[Vapeurs d'alcool, volutes de fumée . J'enchaîne les verres de vodka pure, perchée sur un tabouret de bois usé, dans un coin sombre . Mes jolies gambettes croisées, le bras gauche appuyé contre le comptoir, l'autre pendant dans le vide, une clope au bout des doigts . Je regarde grouiller les corps moites des adolescents, gesticulant dans des couleurs trop vives réfléchies par des spots trop lumineux . Des auréoles sous leurs bras trop longs ou trop potelés . Une nana de quinze piges frotte ses fesses rebondies contre le sexe d'un mec au cheveux déja grisonnants . Une grande black embrasse à pleine bouche un mec de dix centimètres de moins qu'elle . Ils se trémoussent les uns contre les autres, de la bave aux coin des lèvres, ils se parlent à l'oreille, l'haleine âcre, partagent leur transpiration avec plaisir . Des gamins ouais pour la plupart, une fourmilière . J'ai toujours détesté ça, les fourmilières : ce grouillement est oppressant, je me sent agressée par l'agitation de ces insectes, par ces milliers de pattes et d'antennes qui se frottent entre elles avec frénésie . Je passe la main dans les boucles de mes cheveux, vide le fond de mon verre d'un seul trait et tire sur ma cigarette . - 'Fume pas le filtre, c'est mauvais... Le gars me tend une Malboro . Je jette ma clope grillée jusqu'au filtre sur ses mocassins et j'allume celle qu'il me tend, sans lui accorder un seul regard . -Jolies chaussures . dis-je avec dédains -Merci . Je peux m'asseoir ? -Tu me payes un verre ? -T'as pas de tunes ? Réplique originale, c'est peut-être pas un lourdingue après tout . Alors je daigne lever les yeux vers lui . Une décharge d'adrénaline me traverse . C'est un garçon au regard perçant et au teint pâle . Il est d'une beauté sublime . La rencontre s'annonce plus intéressante que prévu . Un sourire se dessine au coin de ses lèvres pulpeuses . Il commande quatre tek-paf au barmaid . Les courbes de son profil sont aussi harmonieuses que celles de sa face . -Je buvais de la vodka... -Et bien maintenant tu bois de la tequila . On trinque, yeux dans les yeux . Il s'appelle Johan, il s'emmerde comme un rat mort ici, il aime pas danser et il en a marre de baiser des pouffiasses différentes tous les soirs . Il commande encore des tek-paf . -T'as combien de gramme d'alcool dans le sang là, d'après toi ? -Pas encore assez, j'te vois pas double . -Et c'est un problème ? -Ouais, parce que je peux pas encore demander à te faire la bise, et me casser . M'avancer pour te dire au-revoir et puis m'excuser ensuite de t'avoir embrassé la bouche et non la joue, prétextant de te voir en deux exemplaires . -Et tu serai partis ? -Tu m'aurai suivis . -Qu'est ce qui te fais dire ça ? Il sourit et avale un shooteur . Je fais de même . On fume clope sur clope, on avale verre sur verre . Je commence à rire bêtement, je tangue sur mon tabouret, de la téquila coule le long de mon menton quand je bois, je laisse tomber des cendres sur mes cuisses . Je suis saoule . -Je te vois double . -Hahaha, tu vas partir alors ? Et moi je vais rester sur ce tabouret, je vais te regarder partir . Tu ne m'aura pas baisé comme toutes ces pouffiasses que tu déteste, je ne rentrerai pas chez moi les talons à la main, la jupe de travers, le maquillage effacé, les cheveux en bataille et la chatte pleine de sperme . Tu ne pourra pas te vanter de m'avoir sauté dans tous les sens . Ce soir tu vas dormir les couilles pleines . -Embrasse-moi ! Je saisis sa tête avec la main gauche et je l'embrasse . J'ai fondu sur lui en l'espace d'une demi-seconde, sans même hésiter . C'est la suite logique de la véritable parade nuptiale qui avait précedé, échange de paroles arrogantes et de regards brûlants . Du désir à l'état brut . Au bout d'une dizaine de secondes il me saisit le poignet, saute de son tabouret et m'entraîne sur ses talons . On sors de la boîte . Alors il me colle contre un mur et m'embrasse avec fougue . -Viens dans ma voiture . Me murmure-t-il à l'oreille . Sa voix suave et envoutante se fait soudainement rugueuse contre mes timpants . Je détourne mon visage du siens . -Aourell, viens dans ma voiture, j'veux pas te sauter comme une pouffiasse . T'as envie de me baiser comme tu le fais d'habitude avec tes mecs kleenex, toi ? -'Chai pas, on verra ça selon tes performances ! Je lui lance ça en collant mon bassin tout contre lui, un large sourire aux lèvres . Il rit et m'entraîne le long du trottoir . Du désir à l'état brut, oui . Quoi qu'il advienne par la suite je m'en balance, cette adrénaline qui me secoue de la tête aux pieds, je sens la même le traverser . Je l'ai sentie vibrer en lui au moment où il a prononcé mon prénom, je ne serais pas une simple pouffiasse . -Après vous mademoiselle . Il m'ouvre la portière et je m'engouffre dans sa caisse . -Jolie bagnole, il fait quoi ton père ? -Il se torche avec des billets . -Oh... Bin, chacun utilise son fric comme il veut après tout . Il allume la voiture, j'allume une clope . -On va où ? -Je sais pas, ça dépendra de l'endroit où on se trouvera quand la bagnole tombera en panne d'essence . On a prit la route, j'ai pas pensé au fait qu'il avait bien de trop bu pour conduire .]
Elle(Lui)
(et joyeux anniversaire en retard petite Ourse :x)